Douchan Palacios : quête transculturelle entre la France et l’Inde

L’histoire familiale de Douchan Palacios a entraîné sa vocation pour l’architecture, ainsi que son appétence pour l’international. Sa mère passionnée d’arts, de littérature, et de récits de voyages rapportés par son grand-père employé de la marine marchande, lui a transmis une fibre artistique et une attirance pour le politique. Son père maçon a eu la maison familiale comme premier chantier, l’a fait participer à la construction, et lui a enseigné ses savoirs d’artisan : « J’ai aimé le chantier, les odeurs… ». La volonté de devenir architecte est là dès l’adolescence. En plus d’un terrain fertile pour la discipline, ses parents et leurs amis le plongent dans une ambiance mythique en Afrique avec des traversées du Sahara en 2CV. Douchan tient son prénom d’un hommage rendu aux « derniers Touaregs », en référence à l’écrivain tchèque Dušan Gersi. Des valeurs « transculturelles » naissent du désert et des fabuleuses épopées. Des opportunités professionnelles en résultent aussi : une fois architecte, il construira une maison au Mali pour les amis de ses parents, en collaboration avec sa compagne. Douchan et Vanessa De Castro se rencontrent à l’école et deviennent membres actifs de l’association Architectes Sans Frontières (ASF). Elle est aussi architecte et cosmopolite, issue d’un mélange entre le Chili, l’Espagne et la France. Ils partagent la passion du voyage, et l’envie de travailler à l’international : « Nos premières expériences professionnelles communes ont été aussi nos premiers voyages ».

Expériences franco-indiennes

Douchan a découvert l’Inde lors d’un voyage d’étude à Jaipur. Émerveillé, il décide d’y retourner, et réalise un stage de six mois à Ahmedabad dans le cadre d’une coopération franco-indienne de revitalisation du centre historique. Une fois le diplôme obtenu, il part quatorze mois à Bangalore, en mission pour l’ONG Architecture & Développement et l’Agence pour le Développement et la Maîtrise des Énergies. Il développe en parallèle des activités de maîtrise d’œuvre et d’enseignement à l’école d’architecture. Selon lui, l’architecte endosse un rôle moral, il est un « diffuseur et un défenseur de culture », qui peut modeler des aspects de la société ; il contribue aussi à la construction d’une société civile forte, éduquée, et politisée. Parce qu’à l’international certains enjeux sociaux se posent plus fortement qu’en France, Douchan a fait le choix de s’engager à y répondre et travaille avec ASF dans ce sens.

Avec et sans frontières

À presque quarante ans, l’architecte ressent toujours un paradoxe intérieur, entre une idéologie profondément attachée aux Hommes, et un marché économique particulièrement concurrentiel et instable. En pratique, l’architecture à destination sociale et humanitaire peut apparaître contraignante et manquer de modèle économique : « On ne fait pas carrière dans l’humanitaire. J’ai un peu l’impression de faire ça tant que je suis jeune, tant que je n’ai pas de contraintes trop compliquées ». Tandis que le couple fait des rencontres en Inde, sollicité sur de nouveaux projets, la structure associative comporte des lourdeurs administratives qui réduisent leur champ d’action. Toujours actifs pour ASF, ils s’en éloignent progressivement pour mener de nouvelles missions : un monastère, un dortoir et une école sont en étude. Ils ont fondé une famille, élèvent deux enfants à Toulouse, avec lesquels ils envisagent de beaucoup voyager et, si leur activité le permet, de s’expatrier.

Portrait réalisé par Laura Rosenbaum – Architecte DEHMONP – Docteur en Sociologie