Regards croisés France / Chine : Portrait de l’architecte Marlène Leroux & Francis Jacquier 1/2

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Le parcours de Marlène Leroux, architecte EPFL, et de son associé Francis Jacquier, également architecte EPFL, s’avère unique en son genre. A la fois exemplaire, car les deux jeunes architectes n’ont pas ménagé leurs efforts pour atteindre des objectifs ambitieux, et inclassable, car en 2008, le duo a réussi un tour de force, celui de fonder et de développer Archiplein, leur agence d’architecture à Shanghai avec deux associés et architectes chinois, Fang Wei-Yi, et Feng Yang. Francis Jacquier étant à l’école de Chaillot au moment de cette interview, c’est Marlène Leroux qui se prête au jeu de l’interview avec finesse et enthousiasme.

Marlène Leroux, pourquoi opter pour le métier d’architecte?

Cela faisait des années que l’architecture m’intéressait mais sans m’en rendre compte, car l’une de ses caractéristiques réside dans sa pluridisciplinarité. Par conséquent, c’est souvent la juxtaposition de plusieurs centres d’intérêt –  dans mon cas, les visites de monuments, mon investissement dans les travaux de réhabilitation de la maison de vacances de mes parents et surtout la réalisation de maquettes – qui traduisaient un intérêt possible envers cette discipline.

Depuis le début de vos études en 2000, votre trajectoire professionnelle et celle de Francis Jacquier sont étroitement liées, est-ce exact ?

Oui, c’est tout à fait le cas en effet. Cela fait partie d’un de ces heureux hasards de la vie ou alors est-ce une simple coïncidence ? Je ne sais pas. A l’école nationale supérieure d’architecture de Lyon, les groupes de travail étaient constitués par ordre alphabétique, J…K…L… C’est ainsi que nous sommes rencontrés dès la première semaine. Puis, nous sommes partis en Erasmus la même année à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Pour répondre clairement à votre question, nous avons d’abord étudié ensemble, puis travaillé ensemble, puis cohabité, pour finalement former un couple quatre années après notre première rencontre. Sur le plan personnel, nous avons franchi les étapes à contresens.

Vous avez effectué la moitié de vos études à Lyon et l’autre à l’EPFL, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

J’ai intégré l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon en 2000 et je me suis tout de suite sentie dans mon élément. La pédagogie de cet établissement était élaborée autour de la question du rôle de l’architecte dans la société et celle de sa légitimité, une approche très sociologique de l’architecture finalement. C’était très intéressant parce que l’on prend conscience que l’architecte a un rôle social à jouer non négligeable. Le revers c’est que l’on porte constamment en soi une certaine culpabilité, une sorte d’angoisse diffuse lors de chaque rendu de projet. Or, c’est difficile aussi jeune de ne pas se laisser paralyser par cela, de persévérer afin de mener ses propres expériences. En quatrième année, nous avions la possibilité de partir en programme Erasmus. L’EPFL m’a semblé être un bon choix, et vraiment cela s’est avéré être le cas. Il existe une grande exigence de la part du corps enseignant, beaucoup de pragmatisme aussi : Les projets doivent se concrétiser, être élaborés à l’aide d’une méthodologie extrêmement précise couvrant toutes les phases du projet. Une fois notre maîtrise d’architecture validée à Lyon, nous avons décidé d’effectuer dans leur intégralité la seconde partie de nos études à l’EPFL. Notre conception et notre façon de pratiquer l’architecture actuelle synthétisent la vision architecturale, très complémentaire, de ces deux établissements.

En 2005, Francis et vous-même êtes partis en Chine pour effectuer un stage de huit mois, comment en avez-vous eu l’idée?

A l’EPFL, à l’occasion de l’année de césure, les deux tiers des étudiants en profitent pour partir à l’étranger. Au lycée, pendant quelques années, j’avais commencé à apprendre le chinois comme troisième langue vivante. Comme je n’aimais pas l’orthographe, je trouvais génial qu’il existe une langue qui comporte de la grammaire, une prononciation complexe, mais pas d’orthographe. J’avais aussi commencé à m’intéresser à la culture chinoise, à rencontrer des étudiants chinois. A Lyon, nous avons assisté à des conférences sur la Chine, notamment celles de Françoise Ged, architecte et sinologue, actuellement directrice de l’Observatoire de l’Architecture de la Chine contemporaine à la Cité de l’Architecture à Paris. Nous avons alors pris contact avec elle. Sa réaction a été immédiate, elle nous a très bien conseillé et orienté.

Où avez-vous effectué votre stage ?

Nous avons effectué notre stage à l’Institut des projets urbains de Tongji. Cet organisme d’état compte cinq cents personnes, réparties dans six studios. Le nôtre s’appelait ‘Studio international’ et comptait trente employés. Notre chef principal était à la fois directeur de l’institut et responsable en chef de notre studio, ce qui nous a beaucoup facilité les choses. Nous étions leurs premiers stagiaires étrangers. Nous avions l’impression d’avoir toutes les clés en main pour découvrir la Chine. C’était fantastique.

Quelles relations entreteniez-vous avec vos supérieurs et collègues chinois ?

Ce stage nous a été très utile pour comprendre le mode de fonctionnement professionnel en Chine. Nos supérieurs et nos collègues avaient du mal à nous donner un âge, ils trouvaient que nous ressemblions à des jeunes adolescents, ce qui nous décrédibilisait complètement. Puis, un programme de réflexion et d’échanges d’architectes s’est organisé entre l’institut et une délégation d’architectes français ; Françoise Ged pilotait l’opération. En Chine, à l’institut, comme nous étions les seuls français, nous avons modifié la scénographie, réadapté la présentation des projets pour qu’ils répondent un peu plus aux normes de l’architecture internationale. Quand les Chinois ont vu que nous étions capables de mener un projet à bien et à terme, leur  attitude à notre égard s’est alors complètement transformée. Nous ne prenions pas de décisions, mais nous étions tout le temps consultés. Nous en avons aussi profité pour réaliser un cahier de voyage car à l’époque nous ne pensions pas revenir en Chine. L’institut nous a permis de l’éditer à une centaine d’exemplaires. A l’occasion de son « lancement », nous avons même donné une petite conférence. Les Chinois sont très doués pour vous donner le sentiment que ce que vous dites, a de l’intérêt.

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