Simon Leuckx met un premier pied dans l’architecture lors de son stage en entreprise au collège, réalisé chez un Architecte des Bâtiments de France. Son goût pour le patrimoine survient lorsqu’une fois entré à Paris-La Villette – une des écoles les plus internationales de France -, il réalise une année Erasmus à Venise, où il suit la spécialité restauro (restauration). Grâce à des professeurs intégrés à des réseaux internationaux (Unesco, Oxfam, Architectes Sans Frontières), il bénéficie d’une pédagogie ancrée dans de fortes réalités sociales: « J’ai passé mon diplôme sous la houlette de Philippe Revault, qui travaillait pour l’UNESCO. Il proposait de mener un projet urbain à Sarajevo, basé sur une analyse très fine du contexte, encadrée également par Agnès Deboulet, sociologue, apportant la garantie d’un travail de fond. (…) Préfigurant ce travail, j’avais écrit mon mémoire de fin d’études sur la réhabilitation du centre ancien de Split en Croatie ».

Entre entreprises et institutions, orientation sociale des activités

Le diplômé obtient la HMONP au sein de la grande agence parisienne ENIA, pour laquelle il travaille sur des projets techniques à l’international, en collaboration avec les plus grands bureaux d’études français. Il ressort plus vigilant de cette expérience, décidé à travailler dans un contexte plus humain, persuadé de la nécessaire « prise en compte globale du contexte dans l’élaboration d’un projet, à contrario d’une logique où prévaut la succession de professionnels cloisonnées dans leurs spécialités ». Pendant trois ans, il est maître d’œuvre en nom propre, principalement en tant que sous-traitant pour des confrères, il diversifie les projets et les contacts. Il travaille ensuite pour l’agence Bailly Leblanc, architectes du patrimoine spécialisés dans l’urbanisme réglementaire, tout en suivant la prestigieuse formation au patrimoine de l’École de Chaillot à Paris. L’architecte s’accomplit à Chaillot, surtout lorsqu’il participe à l’atelier croisé organisé par le Professeur Benjamin Mouton avec l’Université de Tongji en Chine. Il comprend qu’en France ou ailleurs, être architecte du patrimoine est une plus-value intellectuelle.

Restauration à Angkor, Cambodge

À trente-trois ans, fort de ses expériences et de ses savoirs, Simon Leuckx est sélectionné par l’École Française d’Extrême-Orient (EFEO) pour être responsable d’opération sur un chantier de restauration des temples d’Angkor au Cambodge. Le site, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, est un lieu de convergence de multiples acteurs culturels et diplomatiques. Simon Leuckx prend le relais d’une longue histoire partenariale de recherche et de restauration. Avec un chef de chantier, il est chargé d’assurer pendant trois ans le suivi des opérations au jour le jour du temple du Mebon occidental. Il dialogue avec des chercheurs, des archéologues, des dessinateurs. Mais aussi avec plus d’une centaine d’ouvriers tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers, conducteurs d’engins. L’architecte compare le chantier pharaonique du temple à ceux qui se déroulaient en France au Moyen-âge: «L’architecte est maître d’œuvre, il est responsable des ouvriers, de la sécurité, de l’arrivage de matériaux, du projet, des détails techniques ». Simon Leuckx a fait venir sa compagne et ses deux enfants en bas âge, qu’ils ont inscrits dans une école française. La famille a dépassé les premières difficultés liées à l’installation dans un pays jusqu’alors inconnu, pour apprécier leur nouvelle expérience.

 

Portrait réalisé par Laura Rosenbaum – Architecte DEHMONP – Docteur en Sociologie